2S2C : le dispositif Sport-Santé-Culture-Civisme, un dispositif transitoire ?

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Le dispositif « Sport, Santé, Culture, Civisme – 2S2C » doit permettre aux élèves de réaliser des activités sportives et culturelles sur le temps scolaire encadrées par des animateurs issus des clubs, des associations. Il a été inscrit dans la circulaire du 4 mai sans aucune concertation

Les professeur-e-s d’arts plastiques sont très inquiet-e-s et souhaitent lancer l’alerte sur un dispositif qui pose beaucoup trop d’incertitudes.

Devant la volonté réaffirmée du ministre de l’éducation nationale d’étendre le dispositif 2S2C lors de son allocution le 28 mai : « Le programme 2S2C, Sport, Santé, Culture, Civisme, peut s’appliquer aux collégiens pour un accueil complémentaire et en continuité de la classe. », nous tenons à rappeler que les arts plastiques (au même titre que l’EPS et l’éducation musicale) sont des enseignements obligatoires dispensés par des professeur-e-s diplômé-e-s, certifié-e-s ou agrégé-e-s ayant reçu une formation pédagogique et didactique spécifique.

Nous tenons à alerter de l’apparition – avec des contrats et des moyens précaires, ne relevant pas directement du ministère – d’« activités » sportives et culturelles en dehors des enseignements obligatoires, mais dans le cadre de la scolarité.

Nous craignons que cette facilité de recourir à des « intervenant-e-s » extérieurs ne devienne une véritable alternative à de l’enseignement obligatoire de qualité. 

Nous entendons bien que dans les textes, ce dispositif ne peut remplacer (pour l’instant) les enseignements, mais nous savons aussi que des dérives sur leur mise en place sont à craindre.

Qui choisira les intervenants ?

Ces interventions, si elles sont en cohérence avec le projet d’établissement, est-ce le/a chef.fe qui va les recruter ? Sur des conventions des collectivités ?

Quel lien didactique pouvons-nous créer avec des personnes que nous ne rencontrerons peut-être pas ?

Si cela doit être en lien avec nos programmes et nos progressions, sur quel temps pourrons-nous travailler avec ces intervenant-e-s pour assurer une continuité pédagogique ?

Nous sommes inquiets car ce dispositif viendra troubler la frange intermédiaire entre « activités ludiques » et enseignements. Nos disciplines sont souvent considérées comme purement manuelles et dépréciées, alors que leur pari est d’associer inventivité, imagination, réflexion, connaissance et fabrication. Qu’adviendront-t-elles si l’on estime qu’elles sont remplaçables par des « intervenant-e-s » sans formation pédagogique ni prise en considération des programmes ?

De plus les enseignements obligatoires garantissent une égalité dans les apports pédagogiques et didactiques, qui sont, de plus, sans cesse réfléchis. Nous avions encore, dans l’école républicaine, une unité et une garantie de la qualité des enseignements. Cela ne sera pas possible avec ce dispositif qui oblige les collectivités à trouver des ressources humaines (recrutées sur quels critères ?) et organiser ces mises en place (avec quels moyens ?). Après l’échec des rythmes scolaires, la semaine à 4 jours dans le premier degré, nous avons pu constater les disparités entre les collectivités, renforçant encore plus les inégalités, et de fait ne donnant pas les mêmes chances à tou-te-s. « Inégalités suivant les communes : Certaines feront le choix de mettre les moyens nécessaires pour proposer un enseignement et des activités de qualité et  d’autres devront se contenter d’un achat de ballons et de feutres. Et encore, certains feront un choix : ballons ou feutres. »[1]

Et si ce dispositif s’inscrit dans le cadre des horaires dédiés habituellement aux cours, quels enseignements vont devoir laisser leurs places ? Avec l’importance donnée par notre ministre aux « fondamentaux », nous avons déjà une idée sur les réponses… les enseignements d’arts plastiques, EPS et éducation musicale ?

« Le problème se pose en termes d’égalité républicaine. (…) A partir du mois de septembre les enseignants de l’école primaire n’auraient tout simplement plus à s’occuper d’EPS ni des enseignements artistiques. Ainsi, d’un trait de plume, on efface des programmes une large part de ceux-ci. En prônant plus de sport et de culture on supprime ceux-ci de l’enseignement obligatoire pour donner la priorité aux fondamentaux. »[2]

Nous alertons sur la dérive d’une école à deux vitesses… que les enseignant-e-s, garant-e-s de l’égalité de tou-te-s, ne peuvent accepter.

« Les disciplines qui recrutent le plus d’enseignants sont fortement impactées : environ 18 % de baisse des postes en mathématiques, 19 % en lettres modernes, 20 % en anglais et histoire-géo, 23 % en sciences de la vie et de la terre, 28,5 % en documentation et même 37,5 % en arts plastiques« .



BO n°19 du 7 mai et circulaire du 4 mai : https://www.education.gouv.fr/bo/20/Hebdo19/MENE2011220C.htm

Lien vers l’article du Café pédagogique : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/05/20052020Article637255544726022019.aspx

Lien vers le blog de Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/jadran-svrdlin/blog/200520/2s2c-et-equides-en-bois

Extraits :

  • Le 19 mai, M. Blanquer a affirmé devant les sénateurs réfléchir aux pistes pour l’école de demain et a évoqué une « nouvelle organisation du temps » avec « une place  plus importante pour le sport et la culture » et une « juste place pour le numérique ». Retour donc à  l’idée d’une école le matin et des après-midi consacrés au sport et à la culture. 
  • Le problème se pose en termes d’égalité républicaine. C’est une véritable rupture que propose le ministre. Un désengagement en bonne et due forme. Un de plus. A partir du mois de septembre les enseignants de l’école primaire n’auraient tout simplement plus à s’occuper d’EPS ni des enseignements artistiques. Ainsi, d’un trait de plume, on efface des programmes une large part de ceux-ci. En prônant plus de sport et de culture on supprime ceux-ci de l’enseignement obligatoire pour donner la priorité aux fondamentaux. 
  • C’est aux municipalités que revient la charge de mettre en place ce dispositif.
  • Inégalités suivant les communes : Certaines feront le choix de mettre les moyens nécessaires pour proposer un enseignement et des activités de qualité et  d’autres devront se contenter d’un achat de ballons et de feutres. Et encore, certains feront un choix : ballons ou feutres.

Commentaire : 1

  1. Condy dit :

    Alors que la logique devrait être à plus de co-enseignement et d’interdisciplinarité, aux interrelations complexes et riches de sens entre les différentes disciplines (arts plastiques/eps/sciences physiques, arts plas/hist/français, arts pla/techno/svt, etc) autour de projets communs, ce que nous faisons ou tentons de développer pour créer de la synergie dans les établissements, pour tous les élèves, sur tout le territoire, on relèguerait eps, arts plas., musique à de l’animation, de l’occupationnel coupé des autres enseignements…c’est affligeant !

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